Agir pour les classes citoyennes

L’Edito le 7 juin 2013

Patrick Tesson

Service Civique ou Service associatif !

Nous venons de fêter le troisième anniversaire du Service Civique en France. Triste anniversaire ! Trois années auront suffi pour vider de sa substance la loi que Députés et Sénateurs de toutes sensibilités politiques avaient votée après de nombreux débats pour doter notre pays et sa jeunesse d'un espace de vie temporaire pour l'apprentissage à la citoyenneté et l'acquisition des valeurs républicaines – ce que veut être le Service Civique. 

Aujourd'hui, les pouvoirs publics, les associations et les organismes d'accueil utilisent ce Service Civique comme un dispositif supplémentaire d'insertion et d'emplois aidés. Face à la crise et au chômage des jeunes, seuls comptent les chiffres que l'on amalgame pour cacher cette triste réalité : en effet, à la Commission des Finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire, le 28 septembre 2012, lors de son audition, M. Pierre Moscovici, ministre de l'Économie et des Finances indique à propos du projet de loi de finances pour 2013 : « ... À cela s'ajoutent 6 000 emplois d'avenir de professeurs, 1 000 emplois créés dans les universités en 2013, ainsi que 10 000 emplois créés au titre du service civique – outil privilégié d'engagement et de prise d'autonomie pour les jeunes – et 100 000 emplois d'avenir ciblés sur les jeunes de 16 à 25 ans. » Phrase un peu longue à lire et qu'il est nécessaire d'éplucher pour en saisir le sens.

L'engagement et la disponibilité de ces jeunes volontaires sont actuellement détournés et transformés en « subvention en nature » de toute sorte. L'Agence du Service Civique orchestre l'articulation entre les demandes des volontaires et les offres des associations sans apparemment se rendre compte de ce détournement.

Pour preuve, le contenu de ces deux enquêtes réalisées par TNS Sofres : l'une réalisée en ligne du 1er au 17 mars 2011 auprès de 2 143 jeunes sur la perception du site internet du Service Civique ; et l'autre, plus récente en février et mars 2013 sur l'impact du Service Civique sur ceux qui l'ont fait. Pas une seule des questions posées ne concerne la formation citoyenne inscrite dans la loi ! Donc aucun moyen d'évaluer l'intérêt des jeunes volontaires dans ce domaine.

Pourquoi par ailleurs vouloir laisser à la seule Éducation Nationale la responsabilité de la formation citoyenne, comme le préconise Clotilde Valter députée du Calvados – en contre argument à nos interrogations sur le contenu du Service Civique – : «... l'effort doit être porté sur l'école. C'est là, avant tout, que se forge tant le civisme que la citoyenneté » ? et le volontariat des jeunes adultes hors scolarité ?

Pour quel Service Civique le Président de la République s'est-il engagé (100 000 jeunes en Service Civique d'ici la fin de son mandat) ?

Les propositions de loi de deux députés seront-elles retenues : l'une « visant à créer un parcours de la citoyenneté, du civisme et de l'esprit de défense » (Jean-Jacques GUILLET 12 septembre 2012), l'autre « visant à rendre obligatoire le Service Civique » (Patrick HETZEL 15 mai 2013)

Il ne faudrait pas rater à nouveau le rendez-vous de notre jeunesse avec le Service National et la nécessaire éducation à la citoyenneté. Après le Service Civil pour les objecteurs de conscience et le Service Civil Volontaire, les décideurs politiques doivent, aujourd'hui avec ce Service Civique, créer les conditions nécessaires pour que ces jeunes volontaires qui défileront pour la première fois le 14 juillet prochain sur les Champs-Élysées soient vraiment reconnus et que la loi soit enfin appliquée.

 

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Patrick Tesson

 


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