Agir pour les classes citoyennes

L'édito du 8 novembre 2015

Patrick Tesson

Le Service Civique : emploi-jeune ou engagement citoyen ?

Nos 140 000 jeunes "décrocheurs" dans le pays seraient la menace interne à traiter en priorité aujourd'hui. De multiples mesures sont prises pour l'emploi des jeunes. Ceux qui trouvent un travail, même non qualifié penseront sans doute moins à faire le jihad, mais pour combien de temps, s'il ne trouve pas en eux-mêmes un assise solide ?

Trouver du travail pour un jeune dépend-il d'abord d'une politique sociale, ou plutôt d'une formation qualifiante adaptée aux besoins de la collectivité, d'une envie de devenir un citoyen à part entière contribuant au bien être de la communauté locale, nationale, européenne ?

Le service civique devrait être d'abord comme son nom l'indique une action au service de la société, et non pas une réponse à une recherche d'emploi.

 

 

En avoir fait une"mission locale" à l'échelle nationale pour limiter le chômage des jeunes nous semble une erreur, c'est comme un détournement de l'intention initiale qui amplifie "l'oubli" de la formation citoyenne prévue par la loi. Par ailleurs, avoir subrepticement transformé le nom EPIDe en EPIDE ("Établissement Public d’Insertion de la Défense" en "Établissement Pour l'Insertion Dans l'Emploi"), procède de la même intention.

La vraie menace, qui court sur le long terme, apparait bien plutôt être le manque d'intérêt d'une grande partie de notre jeunesse - décrocheurs ou non - pour le devoir civique, l'esprit de défense et l'engagement, à l'échelle locale, nationale et européenne.

Deux mesures récentes paraissent intéressantes, qui même si elles visent d'abord à trouver un emploi, prennent cependant  en compte la dimension citoyenne et celle de l'engagement :

  1. L'Institut de l'Engagement qui remplace l'Institut du Service Civique.
    Sa mission : "Les volontaires peuvent révéler, pendant leur Service Civique (ou leur Service Volontaire Européen), un sens des responsabilités, une capacité d’initiative, un esprit d’équipe, un engagement, une motivation… grâce auxquels ils peuvent porter des projets ambitieux.
    Parallèlement, nombre d’employeurs et d’établissements d’enseignement souhaitent enrichir leurs équipes en valorisant ces qualités spécifiques, mais ne savent pas comment rencontrer des jeunes qui en soient porteurs.
    "L’Institut de l’Engagement construit les ponts qui leur permettent de se rencontrer."

    Bravo ! Le programme inclut une formation citoyenne et met en avant l'engagement  mais il ne concerne que 410 candidats pour 2015, et le coût n'est pas indiqué sur le site Internet. 
  2. Le ministère de la Défense vient d'instituer un tout nouveau SMV "Service Militaire Volontaire" (une première expérimentation pour accompagner 300 jeunes par 100 cadres militaires dans trois centres en région avec 41,6 M€ de financement sur le seul budget de La Défense).
    Mission : "Le SMV a une double vocation d’insertion professionnelle et sociale des jeunes en situation difficile. Il se veut un nouveau départ, fondé sur le respect des règles et de la discipline, avec pour but un emploi local."
    Ce SMV va-t-il remplacer l'EPIDe (devenu EPIDE) qui était un succès, pour remettre en selle des jeunes en difficulté ? Il semble aussi, sur le papier mettre en avant les valeurs citoyennes.
    Bravo ! Mais pour l'instant il ne concerne que 300 jeunes pour plus de 41 M€

Une mesure d'une autre ampleur nous parait indispensable, et facile à mettre en œuvre puisqu'elle est prévue par la loi, que son coût est raisonnable. Elle concernerait chaque année 100 000 jeunes du Service Civique. Ce sont bien sûr les Classes de Citoyenneté !

Notre Président souhaite 160 000 jeunes volontaires en Service Civique pour la fin de son mandat. Nous proposons de limiter ce nombre à 100 000, de privilégier la qualité à la quantité, et en rendant effective la formation citoyenne prévue par la loi.

  • Avec les Classes de Citoyenneté (dix jours) au début de leur service civique, faits d’échanges et de formation mêlés à d'autres, venant d'associations et d'organismes très divers, ils sont formés à l’esprit de défense comme le préconise le référentiel de formation de l'Agence du Service Civique.
  • Ils mettent en pratique dans leur association ce qu'ils ont appris ; ce qui ne fait guère de doute si ces organisations sont partie prenante des Classes de Citoyenneté.
  • À l'issue de leur service, muni d'un bon bagage (théorie, réflexion sur la pratique, expériences vicariantes, …) une majorité d'entre eux ont acquis une maturité, une efficacité personnelle.
  • Ils sont désormais comme des ferments républicains. Mieux "armés" dans leur environnement pour repérer et gérer autour d'eux les difficultés, déviances qu'ils ont appris à repérer et à gérer.

À terme, grâce au Parcours de Citoyenneté (Service Civique et Classes de Citoyenneté inclus) un jeune sur sept aura pu décider de rester volontaire au quotidien dans sa vie personnelle et professionnelle, pour défendre les valeurs de la république. Le pays disposera alors d'une "force de dissuasion" considérable (un million de jeunes volontaires en dix ans formés à la citoyenneté). De surcroit, la loi sera enfin appliquée :« Les citoyens concourent à la défense et à la cohésion de la Nation. Ce devoir s'exerce notamment par l'accomplissement du service national universel ».

 

 

 

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